mardi 7 avril 2015

PILGRIMWEN - A l'abri [Nouvelle FP #1]

[J'aime lire. J'aime plus encore écrire! Sous vos yeux ébahis, voici l'une de mes (nombreuses) nouvelles que je consente à vous partager. Si celle-ci vous plaît, n'hésitez pas à m'en faire part.]


A L'ABRI

Nous pensions être à l’abri du danger, nous nous imaginions en paix... C’est en ce mois de mai 2012 que la donne a changé. De violentes secousses m’ébranlèrent. Tremblement de terre ? Non, simplement l’impact et explosion de missiles militaires sur Paris, Londres, Berlin, ... Partout dans notre insouciant monde occidental, la panique règne. Troisième guerre mondiale, crient certains. Quelques heures plus tard, cette crainte se révèle fondée : j’apprends de la part des médias qu’une bombe nucléaire a frappé de plein fouet les Etats-Unis. Une grande partie de la puissance américaine a été rayée de la carte, en l’espace de quelques secondes... Le monde devient fou ! A travers la planète, des rapports de plus en plus macabres nous parviennent... Aucun continent, aucune nation n’a été épargné. Le chaos s’éveille sur la planète bleue.

J’arpente, en ce mois infernal de mai 2012, les rues de ma ville. J’erre, sans but, à l’instar d’un grand nombre d’entre nous. Au détour d’un carrefour, je croise une belle inconnue. Celle-ci soutient mon regard, me sourit malgré toute la tristesse que je perçois en elle. Elle me tend la main et, sans une once d’hésitation, je la saisis. En « temps normal » - qu’est-ce qui est normal, qu’est-ce qui est anormal, après tout ? -, je n’aurais pas risqué une telle aventure. Aujourd’hui, j’ai le sentiment de ne plus avoir rien à perdre.

Elle m’amène à son appartement, dans lequel nous nous engouffrons. Puis, elle me guide jusqu’à sa couche. A cet instant, je ne saurais vous décrire à quel point ce fut l’extase pour l’un et l’autre. Nous nous dévêtîmes, nous parcourûmes chacun le corps de l’autre, nous mêlâmes l’un à l’autre. Les atrocités récentes ne nous atteignaient plus, elles semblaient même fuir ce moment d’intense passion et d’amour. Combien de temps, restions-nous allongés, sans un mot ?

Après plusieurs mois d’intime partage, nous nous séparons. Elle s’en va, m’explique-t-elle. Elle s’en va, m’entends-je répéter. Elle m’aime, m’assure-t-elle. Elle ne peut s’imaginer aujourd’hui dans les bras d’un autre homme. Où vas-tu donc, si tu m’aimes ? Que suis-je sans toi ? De nouveau, elle me sourit et, stupidement, je fonds en larmes. Est-ce stupide de pleurer ? Non, me réplique-t-elle. Dans un dernier adieu, elle caresse de la main mon visage. Un frisson parcourt mon corps. Est-ce cela, la fusion de deux êtres ? J’en suis convaincu, maintenant. Nous sommes un. Elle ressent mes peines, mes douleurs, mes joies, mes espoirs et il en va de même pour moi. Malheureusement, elle s’en va. Plusieurs heures s’écoulent avant que je n’arrive à saisir sa destination. J’enfonce, non sans mal, la porte de sa salle de bain. Elle est assise dans une mare de sang, le regard dans le vide et pourtant avec un sourire aux lèvres. Elle n’a pas supporté cette vie, elle m’a quitté ici-bas mais elle m’attend. Elle n’est pas encore complète, dans l’au-delà. Dois-je la faire attendre ? J’allonge le corps de ma défunte moitié, sur le sol. J’en fais de même. Je m’arme de courage, m’ouvre les veines, saisis sa main et plonge dans le néant...

Soudain, une lueur, je perçois une douce et chaleureuse lueur ! Elle m’entoure, se mêle à mon essence. Je m’ouvre à elle, elle s’ouvre à moi. Nous ne formons plus qu’un, à nouveau. Autour de nous, des myriades de lueurs se rejoignent, fusionnent de la même manière. D’abord l’hésitation, puis le consentement et enfin la fusion...

....

Mon réveil sonne, la maisonnée est en pleine effervescence. Avec tout ce boucan, je n’arrive plus à dormir. Adieu, pays des rêves ! Un rêve, un rêve ?!? Non, ce n’est pas possible, ce n’est pas un rêve. Et pourtant, je ne peux me soustraire à l’idée qu’il s’agit d’un rêve. Il me paraissait si réel, si... Quel mois sommes-nous ? « Mai 2012 », me susurre une petite voix dans ma tête.

[Contenu sous licence CC BY-NC-SA]