samedi 11 avril 2015

PILGRIMWEN - Les Depresnifs [Nouvelle FP #2]

[La première nouvelle postée sur ce blog reste LA nouvelle la plus triste que j’ai rédigée. Légère, avec un brin de moral, voici la seconde nouvelle que je consente à vous partager. Si celle-ci vous plaît, n'hésitez pas à m'en faire part.]

LES DEPRESNIFS

Le depresnif, kesako ? Le depresnif est un animal bipède, proche de l’être humain, à la différence que celui-ci verse dans l’art de la mélancolie extrême. Sa vie n’est qu’un raté, une succession grossière d’échecs tous plus cuisants les uns que les autres et qui ne s’achèvera que le dernier souffle rendu. Et encore ! Les plus éminents théoriciens doutent d’un repos paisible, après trépas ! Pis ! Il se pourrait que le depresnif ne puisse mettre un terme à sa morne existence, par le suicide. Le depresnif est-il donc voué à l’éternelle tristesse ? Non d’après d’ingénieux scientifiques qui ont réussi à localiser la cause de cette tourmente. Selon ces messieurs, rats de laboratoire, les depresnifs souffrent d’une surabondance en negativine, une substance présente dans l’organisme de n’importe quel individu à des degrés divers. La solution des « éprouvettes » (*) ? Introduire dans l’organisme, une dose concentrée de positivine, substance contraire de la négativine, au patient souffrant du syndrome du depresnif ! Ainsi, en théorie, le malade devrait rapidement recouvrer la joie de vivre ! Malheureusement, entre la théorie et la pratique, il y a souvent un fossé... La preuve en est : le patient X, premier d’une longue série de cobayes, a rejeté vivement l’injection. Son organisme n’a pas supporté cette dose de positivine ! Pis (bis) ! Son taux de négativine a fortement augmenté, atteignant un seuil critique... Faut-il croire que le dépresnisme est incurable ?

Et un beau jour, le patient X, en proie de nouveau à un profond chagrin, se retrouve face à Y, atteint de positivisme. Ce dernier s’étonne de voir X si mal en point, vu la radieuse journée qui s’annonce :

-« Dites-moi, X, n’êtes-vous point satisfait à l’idée de cette radieuse journée qui s’annonce ? »
-« Non, cher Y. Las, je suis. Une radieuse journée, m’annoncez-vous ? Et qu’en est-il de ce vent fort violent, qui agresse ma personne ? »
-« Allons, allons, ce n’est qu’une brise. N’évoquez pas un ‘vent fort violent’, mon ami ! » s’esclaffe-t-il. « Cette brise apporte fraicheur et parfum des fleurs. »
-« Parfum des fleurs ! Êtes-vous conscient que je souffre, je suis enrhumé par ce vent ! Et vos fleurs ne m’apportent qu’allergie sur allergie ! » réplique X.
-« Diantre X, ne pouvez-vous pas être joyeux, ne serait-ce qu’un instant ? » répond Y, sur un ton taquin.
-« Hélas, non ! Je suis atteint d’une maladie affligeante et incurable : le depresnisme. » se lamente X.

C’est à ce instant que Y sourit avec malice à X. Il se rapproche de lui, et lui chuchote ceci :

-« X, j’ai un ami qui fut dans le même cas que vous. Si, si ! Je dis bien ‘fut’, car il s’en est sorti ! J’ai trouvé le remède à son malheur ! Voici ce qu’il faut faire : penchez-vous en avant, les bras tendus vers la pointe des pieds. Inspirez, s’il-vous-plaît... »

Et sur ce, Y assène à un X un coup de pied monumental dans son derrière en lui rétorquant joyeusement :

-« Maintenant, vous avez une véritable raison de vous plaindre ! »

(*) L’auteur désigne par ce terme les scientifiques.

[Contenu sous licence CC BY-NC-SA]