mardi 14 avril 2015

PILGRIMWEN - Portrait D'un Nez Gris [Nouvelle FP #3]

[Plus intimiste et saupoudrée d'une touche de dérision, voici la troisième nouvelle que je consente à vous partager. Si celle-ci vous plaît, n'hésitez pas à m'en faire part. PS : Promis, juré, craché, je reviens bientôt avec un nouveau podcast! :) ]

PORTRAIT D’UN NEZ GRIS

Nez Gris fut l’homme le plus fabuleux qu’il m’a été donné de rencontrer. Laissez-moi vous le décrire et conter quelques-unes de ses anecdotes ...

Nez Gris naquit à quarante ans. Miracle de la science ou de la foi ? Voire d’une combinaison improbable – et sans doute unique – de ces deux aspects ? Qu’en savons-nous ? Le fait est qu’il naquit parfait, sans une once d’impureté et muni d’un intellect puissant. Incompris de ses pairs, de ses proches, il opta rapidement pour la voie solitaire, même s’il fonda une famille somme toute lamentable et méprisable. En effet, ses derniers ne reconnaissaient pas sa perfection, sa nature unique. Des jaloux ? Sûrement ! Qu’en savaient-ils, eux, des conflits géopoliticosocioéconomicoartisticolitiques du monde ? Des ânes bâtés, voilà ce qu’ils étaient. Comment une perfection telle que lui avait pu engendrer une progéniture pareille ? Etait-ce le châtiment divin pour être l’égal de Dieu ?

En outre, Nez Gris était un personnage sociable, qui n’aspirait qu’au partage des idées entre individus. Bien entendu, comme narré précédemment, n’ayant aucun homologue sur Terre, il se devait de tenir une certaine suffisance-distance entre lui et ces primates dégénérés qui osaient s’appeler « Homo sapiens » (avec un grand « H » s’il vous plaît !). Question culture, zéro de chez zéro ! La lie de l’Univers (là encore, avec un grand « U » !), rien que ça ! Alors, seule échappatoire à cette solitude : se mettre à leur niveau, dialoguant de choses futiles telles les mésaventures de l’alcoolique du village, les scandales de voisinage et j’en passe des belles et des meilleures ... Pfff !, vivement d’être au paradis pour avoir enfin un semblant de conversation avec le Pater Noster !

Saint Vertu, Nez Gris prenait aussi grand soin de son hygiène, s’octroyant de temps à autre un lavement, procession laborieuse tant sa Sainte Crasse était légion sur son corps. Parfois, il s’évertuait à brosser ses dents, même si sa sublime dentition ne demandait que peu d’entretien.

Et en définitive, seul plaisir qui lui fut accordé sur Terre, ce fut le plaisir de la chair ... Le plaisir du « manger », bordel ! Pas l’autre ! Bon sang de bonsoir, nous relatons la vie d’un éminent personnage, pas d’un pervers pépère. Ah la la, vous lecteurs/lectrices avez de ces idées ! Revenons à nos moutons, je vous prie. Donc, adorateur du « manger », il prenait malin plaisir à se remplir la panse, d’une manière peu ragoûtante – ben, logique ! Il faut bien se rabaisser au niveau des autres pour paraître normal à leurs yeux ! – avec moult bruitages, à l’instar d’un carnassier dévorant sa proie. La qualité se devait d’être proportionnelle à la quantité et comme Monsieur était quelqu’un d’exigeant, avait des goûts culinaires très prononcés, il lui fallait un festin à chaque repas, sans quoi, le cuisiner recevait une sévère correction verbale pour son laisser-aller (ce qui est la moindre des choses, lorsqu’on est face à un incompétent !). Notez qu’une bonne rasade de vin venait habituellement accompagner ce festin. Deux verres minimum, histoire de ne pas se retrouver dans l’illégalité si par malheur ce dernier venait à rencontrer les autorités routières, lors d’une promenade en rase campagne.

Et lorsqu’enfin, le temps fut venu pour lui de monter au ciel, rejoindre ses semblables, il cria dans un dernier soupir : « ‘Iande, je veux de la ‘iande ! » (*).

Anonymeuh !

(*) D’après nos experts, sa phrase signifiait « Viande, je veux de la viande ! ».

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