vendredi 16 décembre 2016

PILGRIMWEN - Mon Amant Venu D'Arrée [Nouvelle FP #18]

[L'Amour avec un grand A ! :) ]

MON AMANT VENU D’ARREE

Ce lundi de décembre, je l’ai rencontré.

Ce lundi brumeux, j’effectue mon trajet quotidien retour Morlaix direction Carhaix. Une heure de route durant laquelle je prends un immense plaisir, surtout à l’approche des Monts d’Arrée. Je m’arrête toujours quelques instants, sur le bas côté, aux alentours du Roc’h Trédudon. De là, j’ai une vue imprenable sur le paysage.

Ce lundi soir, plus qu’un simple arrêt rituel, je ressens un cruel besoin de me reposer. Mes paupières sont lourdes, de ma bouche s’échappe un concert de bâillements. Il ne m’en faut guère plus pour m’assoupir. Je tombe dans un sommeil profond.

Ce lundi de rêves, j’ignore pour quelle raison un hurluberlu se met à frapper au carreau de mon véhicule. Une fois, deux fois, trois fois… Je me réveille en sursaut, lorsque je me rends compte de l’intrus ! Celui-ci me sourit. Par sécurité, j’ai eu le réflexe de verrouiller de l’intérieur ma voiture. Je me risque donc à entrouvrir ma vitre.

« - Oui ?

- Bonsoir Madame. Je vous prie de m’excuser pour la frayeur causée, je souhaitais simplement m’enquérir de votre état.

- Mon état ?

- Oui votre état, Madame. Il est minuit passé. J’ai trouvé surprenant qu’un automobiliste soit présent à cette heure, dans les landes. En m’approchant, je me suis inquiété : dort-elle ou a-t-elle été victime d’un malaise ? Me voici désormais rassuré !

- … minuit passé !!! Bon sang, je dois être de retour au travail dans six heures !!! Je… Oh putain ! Quelle conne je fais !!! Merde, merde, MERDE !!!

- Madame, inutile de vous reprocher quoi que ce soit. Je doute que vous soyez la première à vous perdre dans les landes…

- Me perdre ? Je ne suis pas perdu…

- Par « perdre », j’entendais « être resté plus longtemps que prévu à ce endroit ». Sans doute avez-vous été envoûtée ? Après tout, les landes bretonnes ne sont-elles pas lieu de magie, à la nuit tombée ? Il n’est pas rare de s’y égarer… »


Ce lundi de l’étrange, je me demande sincèrement si je ne suis pas face au plus illustre illuminé de la région. J’ignore s’il se paie ma tête ou non. Par pur réflexe, je le dévisage de la tête au pied. Il est vêtu d’un accoutrement digne du siècle dernier : un costume que l’on n’aperçoit plus qu’en temps de fêtes. Malgré sa tenue ridicule, il reste bel homme. Cheveux longs de couleur châtain et ramassés en catogan, yeux bleus prononcés, traits du visage délicats, une peau d’un blanc pâle. Le rouge me monte aux joues… Reluquer à ce point un inconnu, je ne me reconnais plus ! Peu importe son excentricité, il m’attire. Quelle folie me prend, lorsque j’ouvre ma portière de voiture et, sans cérémonie, l’embrasse avec passion. Il ne nous en faut guère plus pour nous retrouver sur la banquette arrière du véhicule à faire l’amour. Sa peau est glacée. Il dégage une agréable odeur de plantes sauvages. A la fin de l’acte, il s’allonge épuisé contre moi. Le temps me semble long… Ce silence devient pesant… Je n’arrive malheureusement pas à prononcer le moindre mot. Soudain, je me lève.

« - Que se passe-t-il mon amour ?

- Je… je… Il faut vraiment que je rentre... je ne peux rester plus longtemps…

- Oui. Il me semble égoïste de te retenir plus longtemps… Je te demande pardon.

- Non… je… Ce n’est pas ce que je sous-entendais. Toi, moi. C’était merveilleux ! J’ai… apprécié ce moment. C’est juste que… demain, je travaille. Je ne peux pas me permettre d’arriver en retard. »


Encore une fois, cet irrésistible sourire, accentué par ce regard empli d’amour.

« - Dis ? Je suppose que tu n’as pas de téléphone portable, n’est-ce pas ?

- Non, mon amour. Je ne suis pas un féru de technologie. Je ne m’en encombre pas. J’aime les grands espaces, loin de la civilisation.

- Alors si je n’ai aucun moyen de te joindre, peux-tu au moins me dire où tu résides et, surtout, quel est ton prénom ?

- Ici, mon amour, on m’appelle L’Ankou. Ces landes sont ma demeure.

- Ah ah ah ! Et plus sérieusement ?

- Je ne te mens pas, mon amour. Je m’appelle L’Ankou. Et ces landes sont belle et bien ma demeure.

- Tu ne me laisses pas le choix. Je t’appellerai donc L’Ankou. Cela ajoutera du mystère à ta personne ! »


Ce lundi de l’amour, c’est avec regret que je quitte mon intriguant L’Ankou. A l’approche de La Feuillée, mon destrier chasse de la route… Je perds contrôle. Une tête-à-queue, deux tonneaux. Dans la violence du choc, je suis catapulté en dehors de mon véhicule.

...

Ce lundi de la mort, je contemple avec tristesse le corps de ma belle. Une si charmante, si ravissante créature… Deux choix s’offraient pourtant à elle : trépasser au côté de son amant ou succomber des suites d’un accident. Elle a finalement choisi mon moi brutal.

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